Paiements mobiles

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Digitalisation
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Résultats de l'étude commandée par le CTA en préparation de la conférence internationale Fin4Ag - Révolutionner le financement des chaînes de valeur agricoles. Cette étude a été menée sur la base de trois études de cas sur les systèmes suivants : SmartMoney en Ouganda, NWK Agri-Services en Zambie et le projet RiMFin (Rice Mobile Finance) au Ghana.

Les institutions financières qui souhaitent intervenir dans le domaine agricole sont confrontées à un défi : proposer des services financiers rentables et fiables aux petits exploitants ruraux tout en minimisant le risque de fraude et en maximisant la redevabilité et la transparence. En utilisant les services financiers mobiles pour payer les récoltes des petits exploitants, les grands acheteurs pourraient générer le volume de transactions nécessaire à la création d’un écosystème de CICO capables de gérer la distribution de services bancaires à distance, comme des produits mobiles de crédit, d’épargne et de micro-assurance. La monnaie électronique est simple, pratique, économique et relève véritablement de l’innovation de rupture (Babcock, 2013c). Selon GSMA (Penicaud et Katakam, 2014), organisation mère de plus de 850 ORM, il existe au moins 219 plateformes de paiement électronique dans le monde. La plupart sont implantées dans les pays en voie de développement, où elles restent confinées aux grands centres urbains. Dans cet espace, les acteurs du secteur privé (par ex. les opérateurs de réseau mobile, les fournisseurs tiers et les institutions financières) ont l’ambition d’atteindre les régions rurales, qui leur donneront accès à l’ensemble du marché national et à de nouveaux segments propices aux services mobiles. Cette situation pourrait faire converger les secteurs de l’agriculture et des services financiers mobiles ; les petits exploitants y gagneront des solutions pratiques et sûres, une « identité financière » et l’inclusion à une activité économique formelle transparente et ouverte. 

Le déploiement des services financiers mobiles dans les régions rurales rencontre inévitablement des obstacles comme l’analphabétisme, l’analphabétisme numérique et financier, la méfiance ainsi qu’une couverture limitée des agents/réseaux. Le présent rapport a vu le jour suite à une étude primaire sur les initiatives de paiement électronique agricole au Ghana, en Ouganda et en Zambie, qui visait à comprendre le potentiel de ces services financiers, mais aussi à déterminer la façon de surmonter les obstacles. Ce rapport a pour public primaire et secondaire, respectivement, les parties prenantes agricoles et les fournisseurs de services financiers mobiles. 

Cette étude révèle différentes dynamiques qui font des petits exploitants une cible commerciale viable pour les fournisseurs de services financiers mobiles par rapport aux grands acheteurs de matières premières.

  1. Ceux-ci souhaitent réduire leurs dépenses administratives, d’archivage et de sécurité (entre autres) inhérentes à l’utilisation de systèmes obsolètes de paiements en argent comptant, tout en nouant une relation plus directe avec leurs petits fournisseurs.
  2. Pour y parvenir, ils sont disposés à investir dans le déploiement de moyens de paiement mobile dans les régions rurales, où les modèles traditionnels en la matière (ainsi que les services financiers commerciaux) ne sont pas viables. 
  3. Par ailleurs, les FSFM, dont le modèle économique repose sur le volume, peuvent abonner de nouveaux utilisateurs et augmenter leurs revenus liés aux frais de transaction, tandis que les exploitants bénéficient d’une solution pratique et sûre qui garantit leur propre identité financière.

Selon la Banque Mondiale, l’Alliance Better Than Cash et la Fondation Bill & Melinda Gates (2014), « augmenter l’efficacité et l’accès aux paiements numériques, à l’épargne, à l’assurance et aux services de crédit » (p. ii) va dans le sens des objectifs politiques du G20 sur la réduction de la pauvreté, la promotion de l’autonomisation économique des femmes et la création d’emplois. Passer de l’argent comptant à la monnaie électronique pour le paiement des récoltes donnera de l’élan au programme « Digital Finance Plus » du CGAP de la Banque mondiale : la mise en œuvre de systèmes de paiement électronique pour les dépenses des ménages comme l’énergie solaire, des cuisinières écologiques, l’eau, les commodités, la santé, l’éducation, les produits alimentaires et le transport, ainsi que les intrants agricoles (par ex. les semences, les engrais et les produits chimiques). L’agriculture étant souvent la seule source de revenus des ménages, le paiement électronique des récoltes doit être développé et amélioré (Babcock, 2014a). En favorisant la transition de l’argent comptant à la monnaie électronique pour le paiement des récoltes, les promoteurs agricoles joueront un rôle de premier plan dans la construction des infrastructures électroniques d’épargne, de crédit et de micro-assurance nécessaires aux économies des villages ruraux, à la base agricole de la pyramide. Compte tenu de l’importance du secteur agricole dans les pays en voie de développement, et du besoin d’intégration financière et d’investissements directs étrangers significatifs de la part des fournisseurs de services financiers mobiles (FSFM) dans l’optique d’un retour sur investissement, le rôle que les services financiers mobiles sont appelés à jouer à la base économique de la pyramide n’est pas sans rappeler celui du secteur bancaire commercial lors de la révolution industrielle.

Cette étude a identifié une approche en trois étapes pour substituer la monnaie électronique à l’argent comptant pour les paiements versés par les grands acheteurs (par ex. les chefs de file du secteur, les coopératives) aux petits exploitants. Ces trois étapes sont les suivantes : (i) l’étude des habitudes liées à l’argent comptant (CUBeR) ; (ii) la formation d’alliances stratégiques (StAF) ; et (iii) l’intégration des services financiers mobiles (EMoFi) dans les échanges de savoir et autres interventions dans la chaîne de valeur.