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Agri-wallet : « La blockchain peut tout bouleverser»

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L’accès au financement est un défi pour les petits exploitants agricoles, la majorité d’entre eux étant encore sous-financés. Lorsque des prêts sont accordés, les agriculteurs les transfèrent souvent à d’autres personnes qui ont besoin d’argent. Ce constat, ainsi que l’absence de note de crédit ou de garantie (comme les titres de propriété), crée des incertitudes et présente des risques pour les institutions financières, tout en compliquant davantage l’obtention de tels prêts ou d’autres formes de financement pour les agriculteurs.

L’application

Agri-wallet est un portefeuille électronique, un outil financier mobile, à destination du secteur de l’agriculture. Il fournit un compte professionnel aux agriculteurs, que ces derniers peuvent utiliser pour épargner, faire des achats et gagner de l’argent.

Les agriculteurs peuvent ouvrir gratuitement leur compte Agri-wallet. Lorsqu’ils touchent des revenus grâce à leurs ventes, ils peuvent choisir d’être payés en recevant une somme d’argent via M-Pesa (un système kényan de paiement par téléphone mobile) ou des jetons (pour une partie de la somme) à utiliser avec leur portefeuille électronique. Les jetons sont ensuite alloués à l’achat d’intrants auprès de marchands qui ont été approuvés par Dodore – ce système fonctionne selon le même principe que celui des bons d’achat. Ces jetons peuvent être utilisés pour acheter des intrants pour la saison des récoltes suivante. En outre, étant donné que les crédits sont présentés sous forme de jeton et pas de monnaie, les créanciers sont plus disposés à octroyer des prêts aux agriculteurs.

Dans le cadre de cet « écosystème » de crédits spécifiquement alloués, l’application Agri-wallet aide les agriculteurs à épargner et l’argent économisé leur permet ensuite d’accéder à des prêts à court terme obtenus par l’intermédiaire de Rabobank – tout en évitant la paperasse habituelle. Ce genre d’écosystème de crédit est comparable au système de bons d’achat auquel s’ajoute le dispositif d’épargne. Actuellement, 35 % des agriculteurs qui se servent de ce portefeuille font des économies.

Mise en œuvre

Dodore a fait appel à plusieurs partenaires pour l’aider à financer le projet Agri-wallet, notamment : l’Organisation néerlandaise de développement (SNV), le fonds Mastercard, la Fondation Rabobank, le Centre international pour le développement des engrais (IFDC), BoP Inc, Mennonite Economic Development Associates (MEDA), Agriterra et Technoserve. Sijmen de Hoogh, qui a fondé Dodore en 2013, explique : « Les partenaires financiers ont joué un rôle crucial dans le développement et le lancement d’Agri-wallet ». L’entreprise collabore également avec un éditeur de logiciel basé en Pologne, qui traite les transactions et utilise Ethereum (pièce CTT) comme moteur de transaction (soutien aux développeurs de logiciels).

« Nous utilisons Agri-wallet pour aider les agriculteurs, mais l’application pourrait également être employée dans d’autres secteurs », ajoute Sijmen de Hoogh. Une année a été nécessaire à Dodore pour développer Agri-wallet, l’application a ensuite été testée lors de la deuxième année et les agriculteurs l’ont découverte la troisième année. Agri-wallet est actuellement utilisée par 14 marchands, notamment des fournisseurs d’intrants, 4 000 agriculteurs et 25 acheteurs. « Convaincre les agriculteurs de commencer à épargner et d’utiliser uniquement Agri-wallet n’est pas chose aisée. La confiance est fondamentale – les agriculteurs se méfient de ces systèmes. Au début, nous n’avons pas donc abordé les agriculteurs directement, mais par le biais du marché. Nous avons passé quelques journées avec le premier groupe d’agriculteurs. Nous avons heureusement ensuite trouvé de meilleurs moyens de leur expliquer notre concept et de contacter directement les agriculteurs. »

Miser sur la blockchain pour l’avenir

« Nous pensons que la blockchain peut tout bouleverser, car elle peut être reproduite dans tous les pays sans passer par des banques. Nous envisageons de nombreuses possibilités de nous développer sans rencontrer trop de difficultés. La technologie de la blockchain permet la transparence et l’audibilité des coûts, mais elle présente également des avantages pour les agriculteurs qui peuvent voir ce qu’il advient de leurs produits. Même si cet intérêt ne se manifeste pas encore particulièrement, nous observons une augmentation des demandes de nos consommateurs qui aimeraient savoir, par exemple, d’où viennent les produits qu’ils achètent. »

Un petit conseil pour la fin

Au Kenya, le bitcoin est un sujet très délicat et il s’étend plus largement au domaine de la blockchain. « Au départ, nous avons sensibilisé les différents acteurs concernés en leur expliquant l’histoire de cette technologie, ce qui pouvait s’avérer très compliqué. Il était difficile d’impliquer les acheteurs. Nous avons donc simplifié le concept. Les Kényans ont tendance à considérer qu’une “pièce” a peu de valeur et le mot “jeton” peut les déstabiliser – nous préférons donc nous concentrer sur les propositions de valeur individuelles et sur M-Pesa. Les agriculteurs ont accès à une ligne de crédit, mais s’ils ne l’utilisent pas, cela ne leur coûte rien ». Dodore recommande d’éviter le jargon, de comprendre les clients et de simplifier les choses dans la mesure du possible.

Cet article fait partie d'une série d'études de cas sur les applications blockchain pour l'agriculture, menée par l'Université de Wageningue pour le CTA. Retrouvez les autres études de cas sur cette page : https://www.cta.int/fr/blockchain.

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