Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
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Inciter le secteur privé à investir en Afrique pour promouvoir l’agriculture numérique

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L’agriculture africaine représente une formidable opportunité en termes d’investissement. Selon les estimations de l’African Center for Economic Transformation, le continent dispose de quelque 600 millions d’hectares de terres arables non cultivées, soit près de 65 % du total mondial.

Près de 95 % des terres déjà cultivées sont encore affectées aux cultures pluviales, dont le rendement annuel actuel est inférieur à celui des terres agricoles irriguées, comme le souligne l’Institut international de gestion de l’eau (IWMI). Dans un contexte où la population devrait augmenter d’environ 2,3 milliards d’ici à 2050, des investissements pour améliorer le rendement des terres arables sur le continent africain permettront aux entreprises agroalimentaires africaines d’exploiter un marché alimentaire mondial en plein essor, tout en offrant vraisemblablement des retours sur investissement réguliers et compétitifs aux investisseurs. Selon la Banque mondiale, une transformation appropriée du secteur agricole permettrait aux entreprises agroalimentaires africaines de générer un marché de 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2030, un volume trois fois supérieur à celui du marché actuel.

Dans le contexte de cette transformation agricole, les investissements dans la numérisation de l’agriculture se justifient pleinement et offrent un potentiel prometteur. Des technologies émergentes comme celle de la blockchain, l’intelligence artificielle et l’Internet des objets sont autant de moyens innovants et efficaces pour améliorer les pratiques agricoles et la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Des technologies plus familières, comme les drones, les téléphones portables et les satellites, sont également utilisées pour fournir aux agriculteurs les informations dont ils ont besoin pour améliorer leur productivité, leurs revenus et leur résistance au changement climatique. Des start-up comme Ensibuuko Technologies et Farmerline ont montré qu’elles étaient capables de développer un modèle d’affaires durable autour de ces nouvelles technologies, et de promouvoir ainsi l’adoption de l’agriculture numérique par les petits exploitants africains.

Toutefois, l’essor du secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC) en Afrique reste surtout tributaire des dons d’organisations caritatives et de l’assistance technique d’organisations internationales d’aide au développement. Ce soutien philanthropique est certes essentiel, car il permet à de nombreuses nouvelles entreprises TIC africaines de services aux petits agriculteurs de s’établir sur le marché et de prouver que leurs produits et services débouchent sur une amélioration des pratiques agricoles. Cette aide est toutefois insuffisante pour promouvoir l’adoption à grande échelle de ces nouvelles technologies. Pour que l’agriculture numérique puisse contribuer efficacement à la transformation industrielle du secteur agricole africain, il est urgent d’attirer d’importants volumes de capitaux privés.

Pour canaliser des capitaux privés vers des entreprises africaines à la pointe de la numérisation, les investisseurs doivent pouvoir compter sur des profils risque/rendement attrayants, des retours sur investissement compétitifs et des opportunités de sortie viables. Les risques doivent aussi être quantifiés. Les bailleurs de fonds à court terme, tels que les investisseurs de capital-risque, doivent pouvoir identifier la présence d’un marché liquide avant de mobiliser des capitaux pour les investir dans de nouveaux secteurs. La communauté internationale de l’aide au développement doit absolument soutenir la mise en place d’un environnement favorable aux investissements, afin d’augmenter les chances d’attirer des capitaux privés au bénéfice d’entreprises africaines d’agritech.

Des organismes de développement tels que le CTA – qui travaillent en étroite collaboration avec des petits agriculteurs et soutiennent quelques-unes des entreprises TIC les plus innovantes et prospères du continent africain – pourraient jouer un rôle déterminant dans la réduction du risque, tel qu’il est perçu par les investisseurs potentiels. L’étude Impact Investor Survey 2018 réalisée par le Global Impact Investing Network, révèle que 54 % des investisseurs d’impact estiment que les incertitudes quant à l’existence sur le marché d’une demande pour les produits ou services des entreprises bénéficiaires des investissements représentent un risque considérable pour leur portefeuille. Les investisseurs ont simplement besoin de davantage de preuves solides attestant de l’existence d’une demande pour un produit ou service sur un segment suffisamment important du marché cible, au-delà du marché pilote local. Le CTA s’emploie déjà à leur fournir ces preuves, comme en témoignent ses récents engagements en Afrique de l’Est.

Une des raisons pour lesquelles les investisseurs ont du mal à évaluer la demande du marché que peuvent exploiter les entreprises offrant des services numériques aux petits agriculteurs africains est l’absence de données sur ces agriculteurs et leurs agribusiness agricoles. Des initiatives menées par le CTA en Afrique de l’Est avaient pour but de fournir ces informations aux investisseurs. En créant une base de données exhaustive avec les profils détaillés d’agriculteurs, de coopératives agricoles et de plus grandes entreprises agroalimentaires, qui incluent une cartographie détaillée de leurs terres cultivées, de leur niveau de connectivité numérique et de leurs antécédents de crédit, le CTA est parvenu à affiner les estimations quant au degré probable d’adoption des technologies de télédétection et d’outils mobiles par les petits agriculteurs de vastes zones rurales et périurbaines d’Afrique de l’Est.

Parmi ces initiatives, citons une base de données de petits exploitants en Ouganda, développée dans le cadre du projet Service d’information ICT4Ag axé vers le marché et appartenant aux utilisateurs (MUIIS), le soutien apporté par Igara Growers Tea Factory (IGTF) à des entreprises agroalimentaires en Ouganda, l’analyse d’agro-entreprises dirigées par des femmes dans l’est et le sud de l’Afrique (VALUE4HER), et le soutien à la diffusion d’informations météorologiques pour les éleveurs kenyans (CLI-MARK). En mettant ces informations à la disposition des investisseurs intéressés, le CTA pourrait fortement réduire les incertitudes auxquelles ils sont confrontés au moment d’évaluer l’intérêt potentiel du marché pour de nouveaux produits ou services TIC. De leur côté, les investisseurs doivent accepter que leurs investissements aient un objectif plus ambitieux que la réalisation de bénéfices à court terme.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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La numérisation du secteur financier, ou fintech, a fait d’énormes progrès, avec notamment de nouvelles solutions de paiement comme l’argent mobile, qui contribuent à l’amélioration de l’inclusion financière. En dépit de ces avancées, l’agribusiness doit continuer à investir dans la digitalisation pour accroître la productivité et la valeur ajoutée et améliorer le stockage et la commercialisation de produits agricoles au bénéfice des petits agriculteurs et éleveurs.

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