Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
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Pistes à envisager pour financer la numérisation au service de la transformation agricole

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La numérisation du secteur financier, ou fintech, a fait d’énormes progrès, avec notamment de nouvelles solutions de paiement comme l’argent mobile, qui contribuent à l’amélioration de l’inclusion financière. En dépit de ces avancées, l’agribusiness doit continuer à investir dans la digitalisation pour accroître la productivité et la valeur ajoutée et améliorer le stockage et la commercialisation de produits agricoles au bénéfice des petits agriculteurs et éleveurs.

Investir dans des solutions d’agribusiness axées sur les technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) peut être rentable, comme le montrent les initiatives soutenues par le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) :

  • Gestion informatisée de la chaîne d’approvisionnement pour suivre la production et les services financiers et d’intrants dans la filière du thé. L’utilisation des profils numériques d’agriculteurs dans la planification et la gestion de la fourniture de thé à l’Igara Growers Tea Factory, dans le sud-ouest de l’Ouganda, a permis d’accroître les rendements et les taux de remboursement des prêts pour intrants accordés aux producteurs et de réduire les ventes parallèles. Cela a également permis à la société d’informatiser les paiements et de faciliter d’autres services financiers, notamment en matière d’emprunt et d’épargne. Il est prévu d’utiliser les données de profil pour contrôler la qualité et la traçabilité du thé en vue d’exploiter de nouvelles pistes qui permettraient d’accroître la valeur ajoutée.
  • Gestion informatisée de la chaîne d’approvisionnement pour la certification et la valorisation du café. La National Union of Coffee Agribusiness and Farm Enterprises (NUCAFE), une fédération ougandaise de producteurs de café représentant plus de 200 000 ménages, a aidé des producteurs à vendre leurs produits à un meilleur prix grâce à leur profil numérique. Les acheteurs versent une prime de traçabilité aux producteurs, ce qui a aidé leur fédération à obtenir leur label de commerce équitable. Parmi les autres possibilités, citons l’utilisation des profils numériques pour développer de nouveaux services destinés aux producteurs de café, en particulier en matière d’emprunt et d’épargne, ainsi que la formation proposée par la NUCAFE pour aider les coopératives à élaborer un business plan et accéder au crédit dans les institutions financières, et à mieux gérer leur trésorerie.
  • Le portefeuille mobile sur les marchés de bétail en milieu rural au Kenya. Les services financiers, tels que ceux relatifs à l’épargne, au crédit et aux transferts, pour négociants et éleveurs pourraient faciliter les échanges sur les marchés du bétail au Kenya. En raison du manque d’accès à ces services, la plupart des achats sont réglés en liquide sur ces marchés, ce qui expose à un risque personnel les négociants et les vendeurs, et limite leurs possibilités d’accéder à d’autres services financiers puisqu’ils n’ont que peu d’antécédents en matière de transactions. Il existe des possibilités de développer le portefeuille électronique en lien avec des prestataires formels de services financiers. Ce serait un premier pas vers l’amélioration de la culture et de l’inclusion financières, qui permettrait d’introduire par la suite d’autres services bancaires et financiers directs.
  • Assurance-récolte et services de conseil agricole. En Ouganda, le CTA s’emploie avec des partenaires à concevoir un modèle d’affaires qui permette de combiner une assurance-récolte fondée sur des indices météorologiques et des services de conseil agricole, reposant sur des profils numériques et des données recueillies à distance. Le projet MUIIS (Service d’information ICT4Ag axé vers le marché et appartenant aux utilisateurs) vise à réduire les risques associés au changement climatique et aux mauvaises pratiques agricoles, à protéger les agriculteurs contre la sécheresse et à les aider à accroître leur productivité. Pour les institutions financières qui accordent des crédits, ce service combiné améliore la solvabilité des agriculteurs.

Réduire le risque dans les chaînes de valeur agricole

Diffuser à plus grande échelle ces projets est nettement plus difficile. Les risques réels et perçus dans le secteur agricole expliquent les hésitations des institutions financières à investir dans la diffusion d’innovations informatiques au service des agriculteurs. Souvent, ces institutions manquent d'informations sur le secteur, ce qui explique pourquoi les produits financiers proposés aux acteurs de la chaîne de valeur agricole sont limités.

Des négociants et des entreprises agricoles, dont certaines de grande envergure, qui pouvaient plus facilement accéder à des services financiers ont créé des mécanismes formels et informels de financement pour petits éleveurs et agriculteurs. Des acteurs de la valorisation agricole proposent par exemple des services de liaison en payant leurs achats aux agriculteurs par l’intermédiaire d’institutions financières – banques et coopératives. En utilisant des modes de paiement numériques, ils créent l’historique de transaction des agriculteurs, ce qui aide les institutions financières à mieux comprendre leur activité et à concevoir des services financiers plus adaptés.

Il existe d’autres mécanismes novateurs de réduction des risques - des dispositifs de garantie entre acteurs de la chaîne de valeur, comme l’émission, par les institutions financières, de chèques électroniques qui réduisent le risque de détournement des crédits. Les agriculteurs reçoivent l’équivalent du montant qu’ils empruntent en nature, tels que des intrants d'organisations paysannes ou de commerçants en partenariat avec les institutions financières qui utilisent des systèmes de chèques électroniques. Les meilleures perspectives de remboursement incitent les prêteurs à multiplier les crédits, tandis que l’accès à des intrants de meilleure qualité permet aux agriculteurs d’améliorer leur productivité.

Le profil numérique des agriculteurs et des éleveurs combiné à l’utilisation d’autres données numériques sur la météo et d’autres facteurs externes présente un grand potentiel pour réduire davantage les risques liés aux investissements dans les solutions informatiques visant à moderniser les chaînes de valeur.

Possibilités de numérisation

La diffusion à plus grande échelle de solutions informatiques requiert l’adoption d’une approche de réduction des risques pour attirer de gros investisseurs. Les exemples décrits ici montrent que des arrangements spécifiques dans la chaîne de valeur, couplés à des rendements élevés, de préférence à court terme, comptent parmi les meilleurs moyens d’y parvenir.

La segmentation du marché et la coordination de la chaîne de valeur sont à la clé du rendement des investissements, puisque les agriculteurs, les vendeurs d’intrants, les négociants, les transformateurs, les transporteurs et les autres acteurs de la chaîne de valeur agricole ont tous des besoins financiers uniques.

Enfin, point important s’il en est, un environnement favorable, c’est-à-dire de bonnes infrastructures et de bonnes politiques, est essentiel pour provoquer un changement structurel. Concrètement, les innovations numériques mobiles requièrent des infrastructures efficaces de télécommunications, tandis que des politiques coordonnées contribuent à inciter des investisseurs à financer la numérisation et, donc, à transformer l’agribusiness.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

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