Le Centre technique de coopération agricole et rurale (CTA) confirme sa fermeture pour la fin 2020.
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Les femmes détiennent la clé d'une meilleure nutrition

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L'État des Kiribati, dans le Pacifique, va devoir renforcer la qualité nutritionnelle de ses produits agricoles s'il veut nourrir sa population en rapide augmentation, en dépit des impacts dévastateurs du changement climatique. La nutritionniste et gestionnaire de santé publique Eretii Timeon est aux avant-postes des efforts menés pour améliorer les régimes alimentaires d'une population qui souffre actuellement d'un mélange dangereux de malnutrition infantile et d'obésité chez les adultes.

Une des priorités du CTA est de renforcer le lien nutrition-agriculture en Afrique, dans les Caraïbes et dans le Pacifique. Dans ce cadre, Timeon fait partie d'une équipe menée par Teaaro Otiuea, du Ministère de l'agriculture et l'élevage, qui a été chargée par le Centre d'effectuer une évaluation du lien entre l'agriculture et la nutrition aux Kiribati, sa patrie d'origine.

Comment vous-êtes vous intéressée à l'étude de l'alimentation et de la nutrition ?

L'alimentation est une de mes grandes passions. J'ai grandi dans un pays où le secteur agricole n'est pas aussi productif que dans d'autres. Notre sol n'est pas très fertile et nous rencontrons d'innombrables complications nutritionnelles. En premier lieu, la malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans est un problème depuis de nombreuses années. Nous avons également dans notre pays de plus en plus de maladies non-transmissibles liées à la nutrition. Ma mère et ma grand-mère maternelle sont diabétiques. C'est donc pour toutes ces raisons que je suis fascinée par l'alimentation et la nutrition.

Quels sont vos principaux domaines d'intérêt ?

Je m'intéresse beaucoup à la nutrition communautaire. Aux Kiribati, nous pouvons aller à la rencontre d'un groupe religieux de femmes et leur donner des informations sur la nutrition. Nous faisons appel à des assistants agricoles qui leur donnent des conseils techniques pour mettre en place chez elles de petits potagers commerciaux pour cultiver plus de légumes et faire du compost, et nous les aidons par différents moyens à améliorer leur production agricole, et donc la nutrition en général.

Quels sont les principaux problèmes agricoles et nutritionnels auxquels les Kiribati sont confrontés ?

En ce qui concerne la nutrition, nous manquons de personnel : il n'y a que deux nutritionnistes pour l'ensemble du pays. Pour ce qui est de l'agriculture, nous manquons de terres fertiles et d'espaces cultivables. Il existe des techniques pour contourner ces contraintes : la culture en sacs ou les petits potagers, par exemple. Mais ce qui manque le plus, c'est la motivation de la population de cultiver fruits et légumes. Ici, ils ne sont pas considérés comme de la nourriture. On pense que ce n'est que pour les enfants ou pour nourrir le bétail. Changer cette attitude représente donc un sacré défi.

Comment le changement climatique affecte-t-il l'agriculture et la nutrition aux Kiribati ?

Le sol des Kiribati n'est pas très fertile et le problème ne fait qu'empirer avec le changement climatique qui provoque l'érosion, salinise les eaux et pousse la population vers l'intérieur des terres. Sur les îles périphériques, le changement climatique affecte les récoltes ainsi que la qualité du taro et du fruit à pain, que l'on trouvait en abondance par le passé. Par exemple, la saison du fruit du pandanus local dure généralement un mois mais le changement climatique en a réduit la durée. Le changement climatique affecte également l'approvisionnement en eau et de nombreuses personnes souffrent de diarrhée en raison de l'insalubrité de l'eau. L'eau constitue désormais un problème grave. Mais sans eau, comment cultiver ? Comment arroser nos arbres fruitiers et nos légumes ?

Qu'en est-il de la pêche ? Le changement climatique et la surpêche ont-ils affecté la nutrition ?

Nous n'avons pas pêché beaucoup de poissons au cours du dernier mois en raison des ouragans et des cyclones qui ont sévi près des Kiribati. Nos bateaux de pêche ne sont pas sortis autant que d'habitude à cause des mauvaises conditions climatiques. D'autre part, l'exode rural vers les villes côtières a entraîné une hausse de la demande et une situation de surpêche. Quand les bateaux rentrent au port, il n'y a pas assez de poisson pour tout le monde. Les personnes qui arrivent trop tard ne trouvent donc plus rien. Cela affecte gravement la nutrition car au lieu d'acheter du poisson frais les gens ont tendance à acheter du corned beef et d'autres nourritures en conserve riches en acides gras insaturés et en sel.

Dans quelle mesure la santé des gens est-elle affectée par les produits alimentaires importés ?

Nous avons aujourd'hui beaucoup plus de cas de diabète et d'hypertension liés au mode de vie et aux habitudes alimentaires. La nutrition est donc un vrai problème. Le fait d'avoir une nourriture riche en graisses et en sel sur la table au lieu d'aliments frais et locaux nuit à la santé des Kiribatiens. Le taux élevé de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans résulte quant à lui, en partie, d'un manque d'éducation. Nous menons donc toutes sortes d'actions telles que des démonstrations alimentaires pour montrer aux mères comment nourrir leurs enfants.

Comment les connaissances et les compétences traditionnelles des femmes peuvent-elles préserver la sécurité alimentaire et nutritionnelle ?

Nous avons des fruits et des légumes de saison et si les femmes utilisent des méthodes locales pour les conserver, elles peuvent les utiliser toute l'année. Ces aliments gardent des vitamines, du fer et d'autres nutriments quand ils sont en conserve de la sorte. C'est pourquoi il est extrêmement important de préserver les méthodes traditionnelles de conservation, ainsi que d'autres techniques, et de les enseigner aux mères de jeunes enfants.

Les femmes vont-elles jouer un rôle important dans l'amélioration de l'agriculture et de la nutrition ?

Ce sont les femmes qui préparent la nourriture dans mon pays, donc si nous leur donnons les connaissances nécessaires et que nous les approvisionnons en produits frais, elles prépareront des repas plus sains pour leurs familles. Mais le soutien des hommes est essentiel car ce sont eux qui pêchent et cultivent. Avec les femmes, ils peuvent créer et entretenir des potagers domestiques.

Parlez-nous de vous. Avez-vous une famille ? Qu'est-ce qui vous rend le plus heureuse ?

Je suis mariée et j'ai deux enfants. Quand je ne travaille pas, j'aime passer du temps avec mes enfants, être mère et apprécier tout simplement les moments passés en famille. Je travaille comme nutritionniste depuis 2007 et je suis en charge de la santé publique aux Kiribati depuis 2015. Je voyage un peu mais je reste très ancrée aux Kiribati. Je suis contente quand je vois des enfants heureux. J'entends par là des enfants qui mangent bien et dont les performances ne souffrent pas d'un régime alimentaire inadéquat. Voir des enfants qui pleurent et dont on s'occupe mal me rend triste et me donne l'impression que nous, les nutritionnistes, avons échoué. Ces enfants sont notre futur.

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