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Améliorer l'accès des femmes à l'information dans les zones pastorales – défis et opportunités

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Les opportunités offertes par la révolution de l’information permet d’améliorer les moyens de subsistance et la résilience des éleveuses nomades d’Afrique de l’Est.

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L'information permet d’améliorer les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire des femmes dans les régions pastorales, facilite l’accès aux services et influence la participation à la prise de décisions. Dans le cadre des efforts visant à encourager l'adoption de l'assurance du bétail indexée sur la sécheresse (IBLI) en Afrique de l'Est, les chercheurs de l'Institut international de recherche sur l'élevage (ILRI) se sont rendu compte que le manque d’information est l’un des principaux facteurs nuisant à la qualité de vie des femmes.

L'accès inégal à l’information constitue un sérieux goulet d’étranglement pour les femmes des régions pastorales. L'immensité de ces régions, la médiocrité des connexions réseau et les problèmes de sécurité contribuent à la mise à l’écart des femmes, en particulier les jours de marché. Certaines doivent en effet être accompagnées par « l’homme de la maison » pour aller vendre leurs produits sur les grands marchés et comme ceux-ci sont des lieux privilégiés pour s’informer, elles n’ont souvent pas la chance de se renseigner sur l’accès aux services et les processus d’acquisition de ressources.

En outre, les services de vulgarisation tiennent rarement compte de la dimension de genre et les agents de vulgarisation agricole – des hommes – finissent souvent par parler exclusivement à l’homme de la maison, même pour aborder des aspects liés à la nutrition et à la santé. Cette situation nuit à son tour à la capacité des femmes de faire des choix éclairés concernant le type de services qui pourraient être essentiels pour améliorer les moyens de subsistance et de prendre des décisions qui concernent le ménage.

De nouvelles opportunités

Le paysage des régions pastorales des terres arides et semi-arides est en pleine transformation. Au cours de ces dix dernières années, les infrastructures – qu’il s’agisse des routes ou de la couverture du réseau mobile – se sont considérablement améliorées, d’où le succès des médiaux sociaux chez les jeunes. En outre, la radio – qui reste l'un des principaux canaux d’information – bénéficie d’une extension de la bande passante, ce qui permet aux stations de mieux couvrir les régions reculées.

Dans la plupart des régions pastorales du Nord du Kenya et de l'Éthiopie, les stations de radio diffusent des programmes sur mesure axés sur des sujets en rapport avec l'élevage. Des études menées par l'ILRI en 2016 et 2017 ont révélé que les femmes s'intéressent surtout aux informations sur la santé, la nutrition infantile et la gestion du bétail domestique, mais aussi au prix du bétail sur les marchés. La plupart des femmes écoutent la radio l'après-midi ou après 21 h, lorsqu'elles ont généralement accompli toutes les tâches ménagères.

Dans le contexte de la révolution de l’information que nous connaissons aujourd’hui, l’heure est venue de réfléchir à des approches innovantes permettant de remédier à l’accès asymétrique à l’information, qui porte préjudice aux femmes des régions pastorales. Il y a lieu de garder à l'esprit qu'il n'est pas toujours nécessaire de choisir une méthode au détriment d’une autre. L'innovation réside en effet dans l’association de différentes méthodes, parmi lesquelles :

  • L’utilisation de la téléphonie mobile pour la collecte et la diffusion de données. Des innovations sont déjà testées, dont une qui repose sur le concept du collecteur-consommateur d’informations. Citons par exemple KAZNET, une application mobile qui recueille des données sur les prix du bétail, les produits alimentaires de base et les marchés, ainsi que NutriNET, qui recueille des informations sur les habitudes alimentaires des mères, l'alimentation et la santé de leurs enfants. Mentionnons également l’utilisation de SMS pour fournir des services de vulgarisation et d'éducation aux agents d'assurance du bétail. Des enquêtes téléphoniques ont également été réalisées pour évaluer l’impact de l’assurance du bétail sur les assurés.
  • L'utilisation de la radio pour faire connaître les nouvelles méthodes d’accès à l’information et les endroits où s’adresser pour les obtenir. Ces émissions devraient être diffusées à plusieurs reprises, pour s’assurer de toucher un maximum de femmes. Elles pourraient également expliquer comment les éleveuses nomades peuvent avoir accès à des informations ciblées par le biais de leur téléphone portable, par exemple sur l’utilisation des déchets, les meilleures pratiques pour les soins aux animaux, l’alimentation du bétail et des familles.
  • La communication directe, en face à face, reste l'un des moyens les plus efficaces pour transmettre l’information dans une société pastorale. Elle est souvent utilisée au sein des communautés pour vérifier et authentifier les informations reçues sur des thèmes particuliers dans le cadre d’un exercice informel de triangulation.

Sur la base de mon expérience de travail avec des femmes de régions pastorales, je formulerais les recommandations quant aux aspects et activités à privilégier, à savoir :

  • Veiller à parfaitement comprendre, à bien identifier et à renforcer les capacités, non seulement des femmes mais aussi des institutions qui s’emploient à remédier au problème de l’accès asymétrique à l’information.
  • Explorer le rôle potentiel des institutions locales et communautaires, souvent sous-estimées, telles que les coopératives laitières, les groupes d'entraide et même certains groupes de producteurs de fourrage, dans l’amélioration de l’accès des femmes à l’information.
  • Renforcer les capacités institutionnelles locales et communautaires par le biais de mesures incitatives appropriées afin que ces acteurs soient en mesure de recueillir et de diffuser des informations de qualité. Ces incitations pourraient être financières et non-monétaires. Des « championnes » – chargées de recueillir des données quotidiennes sur la nutrition, avec un minimum d’erreurs – pourraient par exemple être désignées au sein de la communauté.
  • Les gouvernements locaux peuvent jouer un rôle de premier plan dans la conception de contenus radiophoniques ciblant spécifiquement les femmes. Leurs services de vulgarisation pourraient inclure un plus grand nombre de femmes, qui seraient en mesure de mieux toucher leurs pairs dans les communautés pastorales et de contribuer à la formation des femmes à l’utilisation des technologies numériques.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’une initiative menée par le CTA visant à documenter et à partager les connaissances exploitables sur les approches agricoles efficaces pour l’agriculture des pays ACP. Il capitalise sur les connaissances, les enseignements et les expériences pratiques afin de documenter et d’orienter la mise en œuvre de projets axés sur l’agriculture pour le développement.

Emplacement:

Réduire le fossé numérique entre les sexes et offrir des perspectives aux femmes dans le secteur de l’agriculture

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Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont promues en tant qu’approche d’égalité des chances – mais l’accent n’est pas toujours mis sur les femmes. Plusieurs initiatives africaines mettent en avant le rôle clé que l’information et les connaissances peuvent jouer dans l’amélioration de la productivité agricole et de la rentabilité des exploitations agroalimentaires dirigées par les femmes.

Les centres d’affaires, une aubaine pour les éleveuses en Afrique de l’Est

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Il est établi que les centres d’affaires sont des plateformes très utiles pour améliorer l’accès des éleveuses aux intrants et aux marchés. S’inspirant de la réussite des projets menés dans plusieurs filières agricoles, une initiative menée sous la direction du CTA tente d’adapter ce modèle pour venir en aide aux femmes qui travaillent dans l’élevage ou le commerce de bétail en Afrique de l’Est.

Pourquoi les femmes sont parmi les meilleures clientes pour l’assurance bétail en Afrique de l’Est

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Le programme d’assurance bétail indicielle (IBLI), lancé en 2010, aide les gardiens de troupeau à affronter les effets des graves sécheresses qui sévissent de plus en plus souvent dans les régions arides et semi-arides du Kenya et de l’Ethiopie. Selon les chiffres les plus récents, dans ces deux pays, quelque 15 000 propriétaires de bétail – dont, étonnamment peut-être, 45 % de femmes – ont déjà acheté le produit d’assurance proposé par ce programme.

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