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Défendre et soutenir les femmes et la culture biologique du café en Jamaïque

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On connaît surtout de la Jamaïque son reggae qui fait danser, les prouesses de ses athlètes, sa cuisine savoureuse et ses plages de sable blanc. Il y a aussi son café, mais ce qu’on sait moins, c’est que l’île produit aussi du café bio. Pourtant, cela fait plus de 20 ans que Dorienne Rowan-Campbell ne ménage pas ses efforts pour y remédier.

En 1992, après plusieurs missions aux quatre coins du monde, Dorienne Rowan-Campbell, consultante en développement aujourd’hui à la retraite, est retournée vivre dans son pays pour remettre en activité la plantation de café de son père, située à Portland, dans les célèbres Blue Mountains. Et ce, malgré une absence totale d’expérience dans le domaine de l’agriculture qui ne l’a nullement découragée.

« Je n’y connaissais rien en agriculture, mais je savais que j’aimais énormément cet endroit », se souvient-elle. « Toutes les personnes à qui j’ai parlé de mon projet de culture de café biologique m’ont dit que j’aurais besoin d’un énorme bidon pour mélanger les pesticides. Mais j’ai refusé d’en utiliser. Vous pensez : j’avais travaillé toute ma vie dans le domaine du développement durable ! »

Bien résolue à ne pas utiliser de pesticides, Dorienne Rowan-Campbell s’est mise à la recherche d’alternatives biologiques pour protéger la plantation. Elle a testé de nombreux pesticides « naturels » éprouvés, notamment un pulvérisateur contenant une solution à base d’ail qui protège les caféiers contre la rouille du café, une maladie fongique. Elle partage à présent ses découvertes avec d’autres caféiculteurs avec qui elle a noué des liens par le biais du Mouvement jamaïcain pour la culture biologique (Jamaica Organic Agriculture Movement, JOAM).

Former des petits agriculteurs à la culture biologique

Forte de son expérience réussie dans sa propre plantation de café et consciente de l’absence d’une formation en agriculture biologique en Jamaïque, Madame Rowan-Campbell a décidé de former d'autres producteurs, essentiellement des femmes. Grâce au Networked Intelligence for Development, un groupe de consultants basés à Toronto (Canada), elle a réussi à obtenir des fonds pour organiser une série d’ateliers. Ceux-ci ont mis l’accent sur les technologies qui peuvent améliorer le développement et la rentabilité des entreprises et des activités. Le premier de ces ateliers a eu lieu en 2004. Depuis, environ 150 femmes de la région des Caraïbes ont bénéficié de ces formations. En Jamaïque, Dorienne Rowan-Campbell a également formé les agents de la Rural Agriculture Development Authority (RADA) à l’agriculture biologique.

Son café biologique Blue Mountain est maintenant certifié en Amérique du Nord, dans l'Union européenne et au Japon. L’année dernière, elle a commencé à en vendre aux États-Unis et au Canada. Le Royaume-Uni et Hong Kong se montrent eux aussi de plus en plus intéressés.

Désireux de donner un coup de pouce à ce genre d’entreprises agroalimentaires, le CTA a collaboré avec Dorienne Rowan-Campbell et d'autres agriculteurs locaux des Etats insulaires ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique) pour les aider à vendre leur production aux acteurs du secteur lucratif du tourisme.

Dans le cadre de ces efforts, le CTA collabore actuellement avec le gouvernement jamaïcain et Madame Rowan-Campbell, afin d’encourager la mise en place de politiques visant à aider les petits exploitants agricoles à exploiter les marchés liés au secteur du tourisme.

« Les îles ne peuvent pas être compétitives sur le plan quantitatif, elles doivent donc se concentrer sur l’aspect qualitatif », a déclaré Isolina Boto, directrice du bureau du CTA à Bruxelles. « La qualité concerne différents aspects, parmi lesquels la certification biologique. Vous savez déjà que la culture biologique est une filière de niche très spécifique. C’est un atout que vous pouvez exploiter pour promouvoir vos produits dans le secteur de l’hôtellerie, notamment en parlant des agriculteurs à l’initiative de ces projets. »

Une agricultrice en mission

Même si son entreprise se porte plutôt bien, Dorienne Rowan-Campbell reste confrontée à un certain nombre d’obstacles, le principal étant d’être une « femme d’affaires ». « On entend souvent dire que le travail des femmes est apprécié, pourtant, nous avons souvent du mal à nous faire entendre. Les femmes doivent être considérées comme des agents du changement. Or, il y a toujours un décalage entre les paroles et les actes. J’ai donc eu du mal à convaincre d’autres personnes de travailler avec moi et de me suivre dans la direction dans laquelle je m’étais engagée », explique-t-elle.

Autre enjeu : l'absence de politiques qui soutiennent la culture biologique du café et qui aident et encouragent les petites exploitantes à récolter les fruits de leur travail sous la forme d’un revenu décent. Actuellement, pour gagner leur vie, de nombreuses petites agricultrices n’ont d’autre choix que de produire pour de grands exploitants qui ne leur offrent qu’un faible prix pour leur production, déplore Madame Rowan-Campbell.

Afin d’améliorer la situation dans le secteur, en particulier pour les agricultrices biologiques, Dorienne Rowan-Campbell a rejoint le JOAM, dont elle est aujourd’hui la responsable des politiques. « Une politique unique, même si elle intègre une approche axée sur la dimension de genre, ne suffit pas », affirme-t-elle. « Nous devons faire de cette approche une politique à part entière si nous voulons aider les petites exploitantes, en collaborant avec elles. »

Le combat est loin d'être terminé, mais heureusement, cette courageuse productrice de café n'est pas près d'abandonner. D’un optimisme à toute épreuve, elle est convaincue que son travail et celui d’autres acteurs inspirera d’autres agricultrices à se lancer dans l’aventure et que la mise en place d’un environnement plus adapté favorisera le développement et la croissance de l'agriculture biologique. Tous ceux et celles qui la connaissent peuvent en témoigner : Dorienne Rowan-Campbell a vraiment l’âme d’une militante, bien résolue à mener à bien ce qu’elle considère comme sa mission :

« Tant que je serai en vie, je continuerai à promouvoir l’accès des femmes à l’agriculture biologique. »

Développer le secteur agroalimentaire des îles du Pacifique pour accéder aux marchés mondiaux

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Si Samoa évoque l’image d’un paradis tropical, cette île du Pacifique est bien plus qu’une destination touristique de choix. Une organisation samoane de développement commercial a misé sur une série de valeurs (la famille, les traditions et l’art) pour attirer l’attention du monde entier sur les communautés agricoles du pays. Les agriculteurs samoans, et plus encore les agripreneuses de l’île, assurent en effet une production biologique de très grande qualité.

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