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Quand la jeunesse africaine hacke le secteur agricole

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Jeunesse

L'initiative AgriHack Talent figure parmi les projets du CTA les plus connus, notamment grâce à son programme de valorisation des start-up Pitch AgriHack. Retour sur une initiative qui est parvenue, en quelques années seulement, à conjuguer agriculture, entrepreneuriat et nouvelles technologies.

Kigali, Rwanda, novembre 2013. En marge de la Conférence internationale sur les TIC pour le développement agricole qu'il co-organise avec le ministère de l'Agriculture et des ressources animales du Rwanda, le CTA inaugure un concours d'un nouveau genre : un hackathon, durant lequel des jeunes développeurs viennent présenter leurs idées en matière d'innovation numérique agricoles, sous l'égide de son nouveau programme Agrihack Talent. Ce programme est la prolongation d’un projet du CTA portant sur la sensibilisation des jeunes sur les opportunités de l’agriculture, ARDYIS. « Pour organiser le hackathon, il y a eu des présélections dans six pays pour choisir les entrepreneurs qui défendront le pays en question lors de la finale », se souvient six ans plus tard John Kieti, partenaire technique de l'événement via l'incubateur mLab East Africa, qu'il dirigeait. Le postulat de base est simple : favoriser l'emploi des jeunes et favoriser la transformation de l'agriculture par les nouvelles technologies. La start-up ougandaise Ensibuuko est la première lauréate avec, à la clé, une dotation de 5 000 € et un passage en incubation.

L'entrepreneur kényan poursuit : « Au fil des années, des hackathons se sont déroulés en Afrique de l’Est, aux Caraïbes, en Afrique de l’Ouest. Agrihack Talent est très vite passée d’une dimension régionale à internationale. Une marque s’est créée, devenant une excellente plate-forme pour être repéré comme entrepreneur en Afrique. » Le CTA peut compter, à chaque hackathon, sur un tissu solide d’acteurs locaux et régionaux, des pouvoirs publics, qui collabore mais aussi et surtout, incubateurs et hubs. Ainsi, Wole Odetayo et son organisation nigériane Wennovation Hub ont œuvré à l'organisation de trois hackathons, pour la seule année 2014, au Nigéria, au Bénin et au Togo : « Le talent est partout, pas les opportunités. Nous avons découvert des jeunes autodidactes, plein d’idées, de ténacité, capable de répondre à certains problèmes qui perdurent en Afrique. Avec un vrai suivi, un vrai financement, ils pouvaient aller loin et le CTA leur a offert ces perspectives-là. »

De hackathons régionaux à un concours international de start-up

En 2016, trois ans seulement après la mise en route du projet AgriHack Talent, le CTA décide de s'appuyer sur le présent pour construire le futur. « Il y avait suffisamment de prototypes, d'applications existantes qui restaient dans des « tiroirs numériques » et avaient du mal à s'imposer sur le marché, analyse Ken Lohento, coordinateur senior du projet au CTA, à l’initiative d’AgriHack Talent. Nous avons choisi de nous focaliser sur des actions ciblant des jeunes innovateurs et entrepreneurs déjà propriétaires d’applications, même au stade de prototypes, qui pourraient être accompagnés et voir leur entreprise croître. Pitch Agrihack était né. » Toujours sous la forme d'un concours, cette initiative offre aux finalistes divers soutiens : activités de mentorat et d'incubation, formations sur les modèles économiques de l’agriculture digitale et sur la préparation à l’investissement, subventions entre 5 000 et 15 000 €, mise en relation avec les acteurs de l’industrie et de la finance.

Le CTA fait une nouvelle fois appel aux acteur locaux et internationaux pour consolider son réseau. Les structures financières Ernst & Young Sénégal ou Greentec Capital sont partenaires, de même que les incubateurs Suguba, Jokkolabs, mLab et le réseau AAIN (African Agribusiness Incubators Network). Wole Odetayo et Wennovation également, entre 2016 et 2018 : « L'idée était de passer à notre tour cette expérience de l'agritech, le savoir que nous avions engrangé grâce au CTA à travers divers programmes menés. Il est important de partager car l’on est plus fort en étant plus nombreux. » John Kieti, lui, reconnaît utiliser l'historique des finalistes des concours Agrihack Talent comme une valeur refuge en matière d'agripreneurs africains, « une sorte d’annuaire avec sa propre structure, sa propre veille stratégique, à défaut d’attendre que les pouvoirs publics régionaux nous informent de l’évolution des différentes industries. Si vous êtes validé par le CTA, c'est bon signe ».

Un modèle reproduit dans différents pays

A ce jour, plus de 1 500 entrepreneurs, âgés entre 18 et 35 ans, ont participé aux activités d’AgriHack Talent tandis qu’une trentaine d'incubateurs, répartis dans 40 pays aux quatre coins du monde ont aidé à leur mise en place. Celles et ceux qui furent un temps jeunes pousses font aujourd'hui les beaux jours des nouvelles technologies dans leurs pays respectifs : collectivement, ils ont levé plus de 2 millions € auprès d’autres investisseurs et partenaires, ont créé des emplois et touchent plusieurs centaines de milliers d’agriculteurs. « Bien que FarmDrive se concentre aujourd’hui plus particulièrement sur les questions de financement via son accord avec Safaricom (opérateur mobile kenyan, l'un des plus importants en Afrique de l'Est), on peut accorder une bonne partie de son succès initial au support offert par le CTA à différents niveaux » souligne Kieti. BaySeddo et Sooretul au Sénégal, Brastorne Enterprises au Botswana – dont la plate-forme mAgri est désormais partenaire d'Orange – ont connu des trajectoires ascendantes similaires. D’autres connaissent aussi le succès : AgroCenta, Cowtribe ou Farmart au Ghana, FarmCredibly en Jamaïque, eFarms au Nigeria ou encore e-Agribusiness au Togo

Wole Odetayo appuie les avantages de plusieurs années de collaboration : « En 2018, FCMB, l’une des plus grandes banques du Nigeria, nous a approché parce qu’ils avaient eu vent de ce que nous avions développé en matière d'agritech grâce à notre subvention du CTA. Cette année, nous organisons notre second hackathon en partenariat avec eux. » Wennovation n'est pas la seule organisation à reproduire le modèle originel du CTA. « Des pays comme la Zambie ou la Côte d'Ivoire se mettent à leur tour à organiser des hackathons en reprenant le terme « Agrihack » », assure, flatté, Ken Lohento. Une héritage gratifiant pour le CTA, précurseur sur l’entrepreunariat numérique des jeunes dans le secteur agricole et dont les activités se font toujours plus inclusives : depuis l’édition 2018, organisée en partenariat avec l'organisation Women In Tech Africa, Pitch AgriHack comptait 50 % de femmes entrepreneures parmi les finalistes ; l'édition 2019, organisée au cours d’AGRF à Accra, au Ghana s’ouvre pour la première fois à des entreprises d'Afrique du Nord grâce à un partenariat avec OCP Group.

Tître

Les jeunes transformateurs de l’agriculture africaine récompensés à Accra – Les lauréats de Pitch AgriHack sont connus

Accra, Ghana, 6 septembre 2019. Sept jeunes agripreneurs, parmi lesquels quatre femmes, ont vu aujourd’hui leurs innovations digitales récompensées. La remise des prix a eu lieu lors de la séance de clôture du Forum de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRF), organisé cette année à Accra, au Ghana.

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