Parminder Vir OBE : “L’agriculture offre d’incroyables possibilités pour les jeunes entrepreneurs africains”

 

Sunday, 17 September 2017 Mis à jour le Monday, 17 September 2018

par Oluwabunmi David Ajilore - Junior Programme Associate ICT4Ag

Après 30 ans de carrière en tant que productrice de cinéma et de télévision et investisseur de fonds propres dans ce secteur, Parminder Vir a accepté, à l’invitation de Tony Elumelu, d’intégrer la Tony Elumelu Foundation (TEF). En qualité de PDG, elle a notamment travaillé au lancement du “Tony Elumelu Entrepreneurship Programme” qui soutient l’entreprenariat africain.

Quelle est l’histoire du lancement du programme de la Tony Elumelu Foundation pour l’entrepreneuriat ?

Nous devons d’abord comprendre la vision et la mission de la TEF, car ce qui m’a poussée à quitter mon domicile londonien pour venir m’installer et vivre à Lagos, c’est le projet de M. Elumelu de soutenir 10 000 entrepreneurs issus de 54 pays africains avec un budget de 81 millions d’euros (100 millions de dollars USD) sur les dix prochaines années. M. Elumelu est convaincu que ce sont les entrepreneurs africains qui créeront les emplois et généreront les revenus qui garantiront le développement économique de l’Afrique. Il m’a invitée à l’aider à concrétiser cette vision et c’était un défi que je ne pouvais pas refuser ! Je me suis donc retrouvée assise à ce bureau en avril 2014, en train d’examiner cette vision extraordinaire et de penser : “Quel cadre devons-nous mettre en place pour permettre l’institutionnalisation et la démocratisation du soutien aux entrepreneurs ?”

Le cadre issu de cette réflexion est composé des sept piliers du programme d’entrepreneuriat de la TEF : il s’agit d’une approche globale et structurée pour aider les entrepreneurs dans l’ensemble de l’Afrique. Ces piliers comprennent les éléments suivants : un programme de formation de 12 semaines intitulé “Startup Enterprise Toolkit” (Boîte à outils pour start-up) et destiné à développer la capacité des entrepreneurs à gérer efficacement leur entreprise ; l’attribution d’un mentor expert ; un capital d’amorçage de 4 066€ (5 000 USD) versé à fonds perdus ; une plateforme en ligne permettant aux entrepreneurs de nouer des relations entre eux ; un rassemblement annuel des entrepreneurs, des décideurs politiques et des principaux acteurs du secteur privé de toute l’Afrique à l’occasion du Forum de l’entrepreneuriat de la TEF organisé à Lagos ; une bibliothèque d’informations en ligne pour aider les entrepreneurs à développer leurs entreprises ; et, enfin, le réseau des anciens de la TEF, qui s’enrichit de 1 000 nouveaux membres chaque année.

Pour ce qui est des critères d’éligibilité au programme, les entrepreneurs et les entreprises que nous soutenons doivent être basés en Afrique et les entreprises doivent être en activité depuis moins de trois ans. Depuis la première ouverture du portail d’inscription, en janvier 2015, le nombre de candidats a pratiquement doublé chaque année, passant de 20 000 la première année à 151 692 candidatures reçues cette année, quand nous avons fermé le portail pour la quatrième édition du programme.

Parmi les sept piliers, quel est le plus important pour la réussite à long terme et la viabilité des entreprises des participants ?

C’est certainement la formation. Quand je rencontre des entrepreneurs de la TEF, je leur demande quel est le principal enseignement qu’ils retiennent du programme. Beaucoup évoquent le programme de formation, ainsi que le mentorat et la possibilité de nouer des relations avec d’autres entrepreneurs animés du même esprit et issus de tout le continent africain. Le capital d’amorçage est le dernier élément qu’ils mentionnent.

Nous faisons progressivement évoluer la mentalité des entrepreneurs d’une logique de recherche de subventions à une logique de recherche d’investissements, de façon à ce qu’ils se voient eux-mêmes et leur entreprise comme une opportunité d’investissement. Un entrepreneur devient seulement prêt à travailler avec des investisseurs quand des clients acceptent de payer pour les produits ou les services sur lesquels son entreprise est basée. Le défi consiste à concevoir un modèle commercial capable de transformer 4 060 € (5 000 USD) en 406 000 € (500 000 USD). Par exemple, un de nos entrepreneurs a participé à la formation et au programme de mentorat, il a reçu le capital d’amorçage et a ensuite judicieusement investi ce capital et sa formation. Il est revenu un an plus tard pour nous dire que son entreprise de transformation alimentaire générait désormais des revenus de 980 000 € (1,2 million USD). Nous savons qu’à l’issue du programme de formation de 12 semaines, si les entrepreneurs sont sérieux, ils seront capables de transformer leurs idées en entreprises viables – nous en avons été témoins et nous savons qu’ils y parviendront.

Quels sont les secteurs dans lesquels les entrepreneurs innovent le plus souvent ?

Notre programme n’accorde pas d’importance au secteur, mais la première année, quand les candidatures ont commencé à arriver, nous avons été vraiment impressionnés par le nombre d’idées concernant l’agriculture. Après la première inscription, nous pouvons connaître le secteur d’activité, le pays et le genre de tous les candidats, ainsi que le niveau de développement de leur projet d’entreprise.

Les entrepreneurs diversifient déjà leurs activités – ils peuvent voir où il y a des possibilités de croissance pour les affaires – dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, de la formation et des TIC, par exemple, ces secteurs étant actuellement ceux qui se développent le plus rapidement en Afrique. Ce qui nous surprend, c’est que le secteur de la mode devienne si important. C’est très positif, car beaucoup de pays africains étaient d’importants producteurs de coton à une certaine époque. Bon nombre de ces pays, comme le Nigeria, avaient un secteur du textile très dynamique qu’ils ont laissé décliner, mais les jeunes entrepreneurs voient aujourd’hui des possibilités dans le domaine de la mode.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs qui souhaitent se lancer dans l’agribusiness ?

Mon conseil ne vise pas seulement ceux qui veulent se lancer dans l’agribusiness, mais ceux qui veulent se lancer dans les affaires en général : ils devraient repérer les lacunes présentes sur le marché, les mettre en relation avec leurs propres passions et intérêts et trouver ensuite les ressources nécessaires pour concrétiser leurs idées. L’entrepreneuriat n’est pas une activité secondaire que l’on peut exercer en gardant un autre emploi. À un moment ou l’autre, on est amené à faire un choix et à répondre à cette question : “Est-ce que je préfère m’investir à 100 % pour faire marcher cette entreprise ou plutôt mettre mon esprit d’entreprise au service de l’entreprise pour laquelle je travaille et devenir ainsi un intrapreneur ?” Je pense que vous devez apporter une valeur ajoutée, peu importe que vous soyez entrepreneur ou employé d’une entreprise.

Vous n’avez pas non plus d’excuse pour ne pas faire de recherches. Vous pouvez étudier et analyser le secteur, le domaine et les possibilités de marché en ligne et hors ligne, en fonction du secteur qui vous intéresse. Si vous pouvez vous permettre d’obtenir certaines données, utilisez-les intelligemment. Vous ne pouvez pas affirmer “je suis un entrepreneur” tant que vous n’avez pas fait de recherches approfondies sur votre idée.

Avez-vous des exemples d’entreprises agricoles prospères qui se sont développées grâce au programme d’entrepreneuriat de la TEF ?

Joel Cherop est un entrepreneur agricole ougandais qui possédait un terrain d’un hectare sur lequel il voulait pouvoir faire pousser trois types de cultures chaque année, au lieu d’un seul, en canalisant les eaux souterraines. Il est parvenu à réaliser ce rêve et vous pouvez imaginer l’ampleur des revenus qu’il a générés en vendant trois types de cultures par an au lieu d’un seul. Il est aujourd’hui célèbre dans sa communauté, à tel point que le président ougandais a eu vent de son histoire et s’est rendu en personne dans son village pour voir ce que ce jeune entrepreneur faisait. Depuis lors, il a transmis la formation qu’il avait reçue dans le cadre de notre programme et formé 50 autres agriculteurs, en les encourageant à ne pas se considérer seulement comme des agriculteurs, mais aussi comme des chefs d’entreprise.

Nous avons un autre entrepreneur qui utilise la technologie des drones pour pulvériser de l’engrais sur ses cultures et distribuer les semences par la voie des airs. D’autres participants utilisent des applications permettant aux agriculteurs de vendre leur production à leurs clients. Les agriculteurs utilisent déjà des téléphones portables pour suivre le prix des produits de base au quotidien (manioc, igname, toute autre variété qu’ils produisent), ce qui leur permet de mieux comprendre le marché pour leur production. Sachant que plus de 30 % des entrepreneurs de la TEF viennent du secteur agricole, nous savons que l’agriculture, de la ferme à l’assiette, offre d’incroyables possibilités pour les jeunes entrepreneurs africains.

Quelles sont les possibilités de transformer l’entrepreneuriat en Afrique ?

Pour moi, c’est le capital humain qui offre le plus de possibilités. Ce continent a la population la plus jeune au monde. L’Afrique compte plus d’un milliard d’habitants qui représentent un capital humain énorme. C’est l’exploitation de ce capital et son déploiement au service du développement économique et social du continent qui présentent le plus grand potentiel. Personne ne voudra quitter sa maison et son pays pour aller chercher du travail ailleurs si nous pouvons créer ces opportunités ici même.

Il existe aussi une extraordinaire quantité de ressources naturelles inexploitées – 60 % des terres arables du monde se trouvent sur ce continent. L’Ouganda a un cheptel de plus de 14 millions de vaches, et pourtant ce pays importe des chaussures usagées ! Il y a beaucoup de pays qui cultivent le cacao, mais qui ne mangent pourtant jamais de chocolat. Le développement suffisant et l’entretien de chaînes de valeur qui exploitent les ressources naturelles disponibles sur le continent africain créeront de nouvelles opportunités pour les entrepreneurs, ainsi que des emplois pour les jeunes.

Qu’en est-il des technologies ?

Les technologies offrent inévitablement elles aussi un immense potentiel, et l’Afrique progresse par bonds dans ce domaine. Regardez la façon dont l’accès aux téléphones portables en Afrique a tout révolutionné. Aujourd’hui, Internet et les données mobiles coûtent cher, mais la technologie joue un rôle de moteur et de transformateur. Si vous êtes un éleveur d’escargots, un transformateur de manioc ou d’arachides, par exemple, la technologie peut vous aider à entrer en contact avec des acheteurs potentiels et à chercher un marché pour votre produit ou votre service en dehors de votre zone locale. Tous les gens malins utilisent les technologies pour permettre à leur entreprise d’atteindre de nouveaux clients et de nouveaux marchés, et garder une longueur d’avance sur la concurrence. L’Afrique doit former ses propres développeurs de technologies ; nous devons commencer à exploiter les talents locaux. Toutes les plateformes technologiques de la TEF – le portail d’inscription, la plateforme d’apprentissage et de mentorat en ligne, le système de gestion des documents et le centre (Hub) TEF pour les anciens participants au programme – ont été conçues par des développeurs locaux.

Nous investissons beaucoup dans les entrepreneurs actifs dans le domaine des TIC : ils représentent 10 à 12 % des entrepreneurs que nous avons déjà soutenus. Ils proposent des solutions extraordinaires, uniques dans leur façon de répondre aux besoins du continent – il suffit de voir l’impact de M-Pesa sur les transferts d'argent par téléphonie mobile pour s’en convaincre (le service de transfert d’argent a été créé au Kenya et est désormais aussi disponible en Égypte, au Ghana, au Lesotho, au Mozambique, en RDC et en Tanzanie, mais aussi en Albanie, en Inde et en Roumanie) !

Que faut-il faire de plus pour soutenir les entrepreneurs ?

Il faut diversifier les mécanismes de financement. À l’heure actuelle, les entrepreneurs n’ont pas beaucoup d’options pour obtenir des capitaux : ils doivent généralement aller dans une banque et payer des taux d’intérêt extrêmement élevés. Les sociétés de capital-investissement, les entreprises de capital-risque et les investisseurs providentiels (business angels) redoutent les risques. Nous devons encourager les investisseurs à prendre certains risques en investissant dans des entreprises en phase de démarrage et à forte croissance dans tout le continent. Les gouvernements doivent aussi privilégier l’entrepreneuriat comme moyen de créer des emplois et améliorer les infrastructures afin de créer un environnement favorable à l’entrepreneuriat dans l’ensemble de l’Afrique. Ceux qui contrôlent l’Afrique doivent investir davantage dans le talent et l’innovation.

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