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Joachim von Braun : L’avenir de l’innovation rurale

© IFPRI

Thursday, 13 April 2017 Mis à jour le Thursday, 22 March 2018

par Susanna Cartmell-Thorp -

Le Professeur Joachim von Braun, co-président du Panel Malabo Montpellier et co-président d'un groupe consultatif international constitué pour la conférence “One World – No Hunger”, qui se tiendra à Berlin les 27 et 28 avril 2017, souligne l'importance des zones rurales et des jeunes en matière de lutte contre la faim dans le monde.

L’introduction de la conférence du G20 pour un monde sans faim “One World – No Hunger” statue que “L’avenir de l’humanité se jouera dans les zones rurales”. Comment pouvons-nous garantir le fait que les zones rurales ne resteront pas à la traîne d’un monde qui s’urbanise rapidement ?

La construction d’infrastructures, l’accès aux marchés et les financements sont les éléments essentiels d’une stratégie visant à mieux relier les zones urbaines et rurales. L’agriculture doit jouer un rôle déterminant. Il faut soutenir les jeunes entrepreneurs, et en particulier la nouvelle génération d’agriculteurs, par le renforcement de l’éducation et de la formation professionnelle. Tout ne repose pas uniquement sur les gouvernements : les jeunes doivent devenir les acteurs du changement.

L’emploi des jeunes est crucial pour dynamiser le développement rural et éradiquer la pauvreté. Mais quelles sont les réelles perspectives d’emploi de la jeunesse rurale, et en particulier celles des jeunes femmes ? Et comment pouvons-nous veiller à ce que tous aient les mêmes chances ?

Dans les zones rurales d’Afrique subsaharienne, le nombre de jeunes a doublé entre 2010 et 2015. Beaucoup sont sans emploi. Ils migrent des campagnes vers les villes, mais les marchés du travail urbains ne peuvent pas tous les absorber. L’innovation dans les chaînes de valeur agricoles et les entreprises rurales peut créer les emplois dont le monde rural a tellement besoin aujourd’hui. De plus, il faudrait lancer d’importants programmes de travaux publics à grande échelle, comme dans la Chine rurale des années 80, ou comme c’est actuellement le cas en Inde.

Comment pensez-vous impliquer les jeunes dans les débats de ce sommet, au lieu de simplement aborder leurs opportunités et leur rôle pour assurer un développement rural durable ? Que peut-on apprendre de la jeunesse issue des zones rurales ?

Il s’agit d’une conférence avec la jeunesse et non simplement sur la jeunesse. Un grand forum des jeunes, auquel participeront de jeunes chefs d’entreprise d’Afrique et d’ailleurs, est organisé dans le cadre de la conférence. Il existe dans toute l’Afrique de nombreux exemples de petites entreprises, aussi brillantes qu’innovantes, dirigées par des jeunes. Nous devons les écouter.

L’un des principaux résultats de la conférence du G20 sera la “Charte de Berlin”. Quels sont les principaux objectifs de cette charte, et comment envisagez-vous sa mise en œuvre ?

Nous ne voulons pas de nouvelles déclarations qui ne seront pas appliquées. Les gouvernements du G20, dont l’Allemagne, et ceux des pays africains doivent être considérés comme responsables de la mise en œuvre de la charte, conjointement avec les organisations professionnelles et celles de la société civile. La Charte de Berlin invitera instamment les pays du G20 à agir en conformité avec les objectifs de développement durable, à savoir délivrer des millions de gens de la famine, prendre des mesures politiques et humanitaires concertées dans le but de mettre fin aux crises alimentaires profondes en Afrique de l’Est, soutenir les initiatives agricoles permettant de faire face aux sécheresses et au changement climatique, réduire au moins de moitié le sous-emploi des jeunes d’ici 2025, et offrir un accès équitable et abordable à toutes les technologies de l’information et de la communication, en particulier pour la jeunesse rurale.

Vous êtes aussi le co-président du nouveau Panel Malabo Montpellier dont le lancement est prévu à l’occasion du Sommet. En quoi diffèrera-t-il du précédent, le Panel de Montpellier, et quels résultats attendez-vous ?

Le Panel Malabo Montpellier, qui réunit 17 experts africains et européens des secteurs de l’agriculture, de l’écologie, de la nutrition, des politiques publiques et du développement mondial, permettra aux décideurs de bénéficier d’une recherche de pointe, et donc d’élaborer et appliquer efficacement des politiques et programmes nationaux bénéfiques pour les populations qui souffrent de la faim et dépendent de la terre pour assurer leur subsistance. Le Panel Malabo Montpellier assure la continuité du Panel de Montpellier, mais en mettant davantage l’accent sur les initiatives africaines telles que la Déclaration de Malabo de l’Union africaine dédiée à l’agriculture et l’amélioration des moyens de subsistance.

* Le Professeur Joachim von Braun est aussi directeur du Centre pour la recherche sur le développement (ZEF) de l’Université de Bonn.

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